
Cinq mois après la signature de l’accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda à Washington, le Gouvernement congolais est revenu, mardi 30 décembre 2025 à Kinshasa, sur le contenu et les mécanismes de l’« Accord de Washington » liant la RDC aux États-Unis. Lors d’un briefing spécial animé au studio Maman Angebi de la RTNC, le vice-Premier Ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, et le Ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, ont apporté des éclaircissements détaillés pour dissiper les controverses et rassurer l’opinion publique.
Un cadre de partenariat, pas un contrat commercial
Face aux spéculations et aux critiques formulées par une frange de l’opposition et certains responsables religieux, les autorités ont tenu à rappeler la nature exacte du texte signé le 4 décembre dernier à Washington. « Il ne s’agit ni d’un deal ni d’un contrat commercial », a insisté Daniel Mukoko Samba. L’accord constitue un cadre de coopération stratégique destiné à structurer et approfondir les relations bilatérales entre la République démocratique du Congo et les États-Unis d’Amérique.
Ce cadre vise à dépasser le simple niveau de coopération bilatérale hérité des accords antérieurs, notamment celui d’août 1984 sur l’encouragement et la protection des investissements, pour instaurer un partenariat fondé sur une vision commune et des intérêts partagés.

Quatre piliers pour structurer la coopération
Sur le fond, le vice-Premier ministre a détaillé les quatre composantes majeures du partenariat stratégique :
- Sécurité et défense, en appui aux efforts de stabilisation régionale et de restauration de l’autorité de l’État ;
- Coopération scientifique, technologique et éducative, incluant les échanges académiques et le transfert de compétences ;
- Formation et renforcement des capacités, au bénéfice des institutions et des ressources humaines ;
- Gouvernance et coopération institutionnelle, couvrant les réformes judiciaires, la lutte contre la corruption et la modernisation de l’administration publique.
Ces axes, a-t-il souligné, ont été définis de manière transparente et figurent intégralement dans le texte rendu public.
Des mécanismes clairs de suivi et d’évaluation
Pour garantir l’effectivité de l’accord, les deux pays ont arrêté des mécanismes de gestion et de suivi précis. Un comité conjoint de pilotage, composé de dix membres cinq congolais et cinq américains constitue le premier instrument clé. Sa mission sera d’assurer la coordination, le suivi et l’évaluation de la mise en œuvre.
À cela s’ajoute l’organisation d’un forum de coopération bilatérale tous les deux ans, afin d’apprécier l’évolution du partenariat à la lumière des contextes bilatéral, régional et mondial. L’accord prévoit également une révision triennale, permettant d’ajuster certaines dispositions selon les réalités du moment.
Ressources naturelles et souveraineté : la ligne rouge
Répondant directement aux accusations de « bradage » des ressources minières, Daniel Mukoko Samba a été catégorique : « Il n’y a aucune cession ni concession de souveraineté. » Il a rappelé que la RDC demeure libre de désigner elle-même les projets jugés prioritaires, conformément à l’article 5 de l’accord, et que chaque partie conserve le droit de se retirer du partenariat après un préavis de cinq ans.
Le ministre Patrick Muyaya, signataire du texte, a pour sa part insisté sur l’absence de clauses secrètes. « L’accord est public, lisible et compréhensible », a-t-il déclaré, appelant à un débat fondé sur les faits et non sur des approximations.
Au-delà des polémiques, le Gouvernement estime que l’Accord de Washington marque un tournant diplomatique. En accédant au statut de partenaire stratégique des États-Unis, la RDC rejoint un cercle restreint de pays africains bénéficiant de ce niveau de reconnaissance. Les autorités y voient une opportunité pour attirer davantage d’investissements dans les infrastructures, l’énergie, les mines, la technologie et la formation des ressources humaines, tout en soutenant les efforts de paix dans l’Est du pays.

En clarifiant les mécanismes, le contenu et les garanties de l’Accord de Washington, le Gouvernement congolais a voulu replacer le débat sur un terrain factuel. L’enjeu, selon les autorités, est désormais de traduire ce cadre en projets concrets, choisis par la RDC, suivis de manière rigoureuse et évalués dans la durée, afin que ce partenariat serve effectivement la stabilité, la gouvernance et le développement du pays.
Par Glody Mpasa












