
À Lubumbashi, le Centre Hospitalier Tshisekedi Tshilombo (CHTT) de la CNSS vient de mener une campagne de neurochirurgie gratuite dont l’ampleur confirme la mutation silencieuse du secteur hospitalier congolais. Durant plusieurs jours, 22 délégations médicales africaines et internationales ont convergé vers cette structure tertiaire la première du genre construite en RDC depuis 1960 pour traiter des pathologies complexes, former les équipes locales et tester des protocoles rendus possibles par un plateau technologique rarement observé dans la sous-région. Sous l’impulsion du Directeur Général de la CNSS, Charles Mudiay Kazadi, cette initiative marque un jalon important dans l’ambition d’offrir sur le sol congolais des soins spécialisés jusque-là réservés aux évacuations coûteuses vers l’étranger.

Un dispositif chirurgical qui bouscule les frontières habituelles du possible
Le CHTT n’a pas seulement hébergé une série d’opérations gratuites : il a démontré qu’un hôpital congolais peut assumer, de manière autonome, la prise en charge de tumeurs rares ou d’interventions neurosensibles.
Le cas de Martin Kavuma, jeune patient de 19 ans opéré d’une tumeur invalidante, illustre cette avancée. Après plusieurs années de traitements infructueux, il retrouve la marche grâce à une prothèse posée et ajustée sur place. Cette prise en charge, qui aurait nécessité des budgets importants hors du pays, s’est déroulée sans frais pour la famille.

Les spécialistes étrangers, dont le neurochirurgien nigérien Lamire Diasivi, évoquent un centre doté d’équipements comparables à ceux des hôpitaux de référence régionaux. “Certains matériels sont difficiles à trouver ailleurs en Afrique centrale”, confie une accompagnante admirative. La présence continue de patients venus de Kolwezi, Beni ou du Bandundu souligne également l’effet d’attraction d’un établissement perçu comme une alternative crédible aux évacuations sanitaires.
Organisation rigoureuse, télémédecine et montée en compétence : la méthode CHTT
Derrière les performances chirurgicales se cache une organisation méthodique que décrit le médecin directeur, le Dr Dieu-Merci Kabulo : inscription, triage, examens paracliniques gratuits, puis programmation selon les spécialités mobilisées. Ce flux structuré garantit un traitement efficace d’un volume élevé de patients, avec parfois plus de 45 consultations par jour.

Le volet technologique constitue un autre atout stratégique. Grâce à la neuronavigation et aux connexions sécurisées du bloc opératoire, les équipes utilisent la télémédecine pour associer des praticiens à distance, commenter les interventions et renforcer la formation continue. Cette capacité, rare dans la région, inscrit le CHTT dans une logique de coopération clinique permanente.
La visite du représentant du Ministre de la Santé confirme l’évaluation institutionnelle : le centre fonctionne “à plein régime”, avec un niveau d’équipement qui répond aux standards attendus d’un hôpital tertiaire moderne.
Une ambition nationale qui dépasse le cadre du Bootcamp
Cette campagne ne constitue ni un exercice isolé ni une simple opération humanitaire. Elle s’inscrit dans l’idée, exprimée par le DG Charles Mudiay, de multiplier ce type de structures dans d’autres provinces. Avec ce premier hôpital tertiaire opérationnel, la CNSS installe les bases d’un réseau national capable de traiter les pathologies complexes sur le territoire national et de renforcer les compétences locales.
Le CHTT devient ainsi plus qu’un hôpital : un indicateur du niveau que la RDC peut atteindre lorsqu’elle investit dans une médecine de précision adossée à l’expertise internationale.



Par Glody Mpasa















