À la tête de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), Charles Mudiay Kazadi assume une gestion qui ne cherche manifestement pas à ménager toutes les susceptibilités. Remise en ordre, égalité devant les règles, protection du patrimoine et refus de certaines pratiques : autant de choix qui lui valent aujourd’hui des résistances. Mais derrière les critiques et les tensions se pose une question autrement plus essentielle : que se passe-t-il lorsqu’un dirigeant décide de fermer des portes que certains avaient fini par considérer comme définitivement ouvertes ?
À son arrivée à la Direction Générale de la CNSS, Charles Mudiay Kazadi avait livré une formule dont la portée apparaît aujourd’hui autrement plus profonde qu’un simple mot de circonstance : « Maintenant, c’est le tour de tout le monde ! »
Quelques mots, mais déjà une ligne : à la CNSS, la règle devait retrouver sa vocation première, celle de s’appliquer à tous, sans considération de rang, de proximité ou de privilège.
Autrement dit : plus de sanctuaire pour les habitudes, plus d’exception lorsque les intérêts de la Caisse sont en jeu.
C’est précisément là que commencent souvent les résistances.
Car remettre de l’ordre dans une grande institution ne consiste pas seulement à modifier des procédures. Cela revient parfois à toucher à des habitudes, à réduire certaines marges de manœuvre et à remettre en cause des avantages que le temps avait fini par transformer, dans certains esprits, en droits acquis.
Et lorsqu’une pratique longtemps tolérée cesse de l’être, celui qui restaure la règle peut rapidement devenir la cible de ceux qu’elle dérange.
Après trois années à la tête de la CNSS, cette ligne de gestion s’accompagne aussi d’une reconnaissance au-delà des frontières nationales. En juin 2026, Charles Mudiay Kazadi a pris part à la 133ᵉ réunion du Bureau de l’Association internationale de la sécurité sociale (AISS), à Genève, en qualité de membre du Comité d’examen des candidatures. Une présence qui donne un autre relief au contraste actuel : pendant que la gestion de la Caisse gagne en considération à l’extérieur, elle continue de bousculer certains intérêts à l’intérieur.
Cette orientation s’inscrit également dans la vision portée par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui place l’amélioration de l’efficacité des services publics et la protection sociale parmi les priorités de son action. À ce niveau de responsabilité, cette ambition se mesure aussi à la capacité des dirigeants des établissements publics à faire prévaloir l’intérêt collectif sur les avantages particuliers.
Il serait pourtant réducteur d’y voir une simple bataille de personnes. Le sujet est autrement plus sérieux : il touche à l’autorité de la règle et à la protection des intérêts de la CNSS.
Dire « non » quand les intérêts de la CNSS sont en jeu
Charles Mudiay Kazadi n’a pas fait du refus une posture. Mais il assume le « non » lorsqu’une décision, une pression ou une sollicitation lui paraît incompatible avec les intérêts de la Caisse.
Et ce « non » change beaucoup de choses lorsqu’il intervient là où, hier encore, certains étaient habitués à entendre « oui ».
Ce positionnement peut déplaire. Il peut cristalliser des mécontentements. Mais diriger la CNSS ne consiste pas à rechercher l’approbation permanente de ceux dont les intérêts peuvent entrer en conflit avec ceux de l’institution.
C’est notamment sur le terrain du patrimoine que cette fermeté prend tout son sens. Sous sa direction, la CNSS a engagé des démarches visant à récupérer et à valoriser une partie de son patrimoine immobilier laissé, selon les éléments communiqués par l’institution, dans une situation proche de l’abandon.
Le principe défendu est élémentaire : ce qui appartient à la CNSS doit rester au service de la CNSS et de ses assurés sociaux.
Sur ce terrain, Charles Mudiay Kazadi ne laisse guère de place à l’ambiguïté : le patrimoine de la Caisse n’est ni une faveur à distribuer, ni un espace où les intérêts particuliers peuvent durablement prendre leurs aises.
Mais récupérer un patrimoine, restaurer une règle ou mettre fin à une facilité n’est jamais sans conséquence. Cela peut toucher directement ceux que le retour à la règle prive désormais de leurs anciennes facilités.
C’est ici que les choses deviennent sérieuses.
Car il existe une différence fondamentale entre contester une décision au nom de la bonne gouvernance et combattre une décision parce qu’elle met fin à une situation dont on tirait avantage.
La fermeté comme ligne de conduite
Toute gestion publique doit accepter la critique, la contradiction et l’obligation de rendre compte. Charles Mudiay Kazadi ne saurait s’y soustraire. Mais toutes les oppositions ne procèdent pas nécessairement des mêmes motivations.
Certaines résistances peuvent aussi être nourries par la perte de privilèges, particulièrement lorsque de nouvelles règles viennent bouleverser des habitudes solidement installées.
Et lorsqu’une décision dérange ceux qui avaient intérêt à ce que rien ne change, le bruit qu’elle provoque ne suffit pas à la disqualifier.
Céder devant de telles pressions reviendrait alors à faire supporter à l’institution le prix de la tranquillité de son dirigeant.
Charles Mudiay Kazadi semble avoir choisi l’inverse : assumer les décisions, y compris lorsqu’elles sont inconfortables, et laisser leur pertinence être appréciée à l’aune des intérêts qu’elles protègent.
Car la CNSS n’existe ni pour préserver des conforts individuels ni pour entretenir des arrangements de circonstance. Elle porte une mission envers les travailleurs, les pensionnés, les assurés sociaux et leurs familles. Son patrimoine, ses ressources et son autorité ne peuvent être considérés comme des variables d’ajustement au gré des intérêts particuliers.
Une réforme peut déranger non parce qu’elle affaiblit une institution, mais précisément parce qu’elle retire à certains ce qu’ils avaient fini par considérer comme acquis.
À la CNSS, Charles Mudiay Kazadi paraît avoir fait son choix : tenir la règle, protéger le patrimoine et placer la Caisse au-dessus des intérêts particuliers.
Une ligne qui ne fera peut-être pas l’unanimité. Mais lorsqu’il faut choisir entre la préservation des intérêts de la CNSS et le maintien de privilèges devenus incompatibles avec cette exigence, la recherche de la complaisance ne peut tenir lieu de gouvernance.
La rédaction









