
Cent jours après son arrivée à la tête de l’Autorité de Régulation de la Sous-traitance dans le Secteur Privé (ARSP), Ted Beleshayi Kasanda met en avant une institution en réorganisation et une régulation davantage présente sur le terrain. Contrôles des entreprises, assainissement du corps des inspecteurs, digitalisation des attestations, mise en conformité des grands groupes miniers, déploiement provincial et contenu local : face à la presse nationale et internationale, le Directeur Général a dressé un bilan dense et fixé le cap des prochains mois. Avec une ligne clairement assumée : faire respecter les règles pour ouvrir davantage d’opportunités aux entreprises congolaises capables de les saisir.
Face à la presse réunie au Kertel Suites Hotel, à Kinshasa, le 1er octobre, le numéro un de l’ARSP a présenté les premières réformes engagées depuis sa nomination par ordonnance présidentielle le 2 juin 2026. Un exposé appuyé par une présentation en images, avant plusieurs heures d’échanges avec les journalistes.
Le premier chantier a été interne.
« Je trouvais une institution où il n’y avait pas de fiches de poste. Ça veut dire que les gens étaient là, assis, parfois il manquait des bureaux, ils ne savaient pas ce qu’ils devaient faire », a expliqué Ted Beleshayi.
Organisation du travail, amélioration des conditions des agents, clarification des responsabilités et renforcement des capacités ont ainsi constitué les premières priorités.

Contrôler davantage pour libérer de l’espace
L’assainissement du corps des inspecteurs accompagne cette réorganisation. Une sélection interne a permis d’identifier les profils appelés à renforcer les contrôles de l’ARSP sur le terrain après une formation adaptée.
Car c’est précisément sur le terrain que Ted Beleshayi veut rendre la régulation plus visible.
« Plus je régule, plus je détecte les sociétés non éligibles, je les dégage du marché et je crée de l’espace pour les sociétés éligibles », résume-t-il.
Dans le Grand Katanga, les opérations de contrôle ont notamment conduit l’ARSP à prendre plusieurs décisions visant des contrats impliquant des entreprises considérées comme non éligibles au regard de la législation sur la sous-traitance.
Le Directeur Général a également placé dans son viseur la mise en conformité de cinq grands groupes actifs dans le secteur minier : CMOC, Zijin, Glencore, Sicomines et Ivanhoe.
Selon lui, certaines activités, dont la fourniture de biens, ont longtemps fait l’objet de divergences dans l’application des règles de sous-traitance.
Ted Beleshayi veut désormais faire prévaloir les textes.
« On ne peut pas accepter que l’État soit défié, on ne peut pas accepter que le Chef de l’État soit défié dans son objectif de créer des entrepreneurs congolais prospères », a-t-il soutenu.

Quelque 20 milliards USD au cœur de l’enjeu
Le Directeur Général donne à cette bataille réglementaire une dimension économique considérable.
Devant la presse, il a évoqué un ordre de grandeur d’environ 20 milliards USD de chiffre d’affaires réalisé, selon les données qu’il a présentées, avec des sociétés non éligibles dans le périmètre concerné.
« 20 milliards, c’est énorme. Pour nous, c’est un manque à gagner », a-t-il insisté.
Mais fermeté ne signifie pas fermeture au dialogue.
L’ARSP demande aux sociétés concernées de coopérer afin d’établir des plans correctifs permettant de revenir progressivement à une situation conforme à la législation.
« Nous, on est ouverts à la discussion. On se met d’accord sur un plan correctif et, ligne à ligne, on arrive à trouver une situation conforme à la loi », explique Ted Beleshayi.
Lorsque les capacités nécessaires n’existent pas localement, le mécanisme de dérogation reste possible. Mais le patron de l’ARSP met en garde contre une économie qui fonctionnerait durablement « de dérogation en dérogation ».
Aux entrepreneurs congolais de se préparer
C’est ici que Ted Beleshayi renvoie également les entreprises congolaises à leurs propres responsabilités.

Créer de l’espace ne suffit pas. Encore faut-il disposer d’entreprises capables de l’occuper.
« Je demande aux entreprises congolaises et aux Congolais de se tenir prêts, de se structurer, d’être sérieux, d’avoir un personnel qualifié, d’avoir une comptabilité, d’avoir toutes les structures et toute une organisation qui peuvent leur permettre de capter ces opportunités. »
Son message est direct : le régulateur doit faire respecter les règles, mais l’entrepreneur doit, de son côté, construire une entreprise compétitive.
« Les opportunités, pour les saisir, il faut se préparer, il faut être prêt. Nous, on est en train de faire notre travail de régulateur, mais les entrepreneurs congolais sont appelés à faire leur travail de businessmen », a-t-il lancé.
L’ambition affichée va d’ailleurs au-delà de la sous-traitance.
« Pour moi, je serai l’homme le plus heureux quand ces sociétés qui sont éligibles deviendront demain des industriels. De vrais industriels, des industriels des services et des industriels des usines. »
Digitalisation, provinces et contenu local
Parmi les autres réformes figure la digitalisation de l’attestation d’enregistrement, délivrée gratuitement aux entreprises remplissant les conditions d’éligibilité.


Sa dématérialisation doit simplifier les démarches, améliorer la traçabilité et réduire les pratiques irrégulières autour de sa délivrance.
Ted Beleshayi veut également sortir l’ARSP d’une lecture presque exclusivement minière de la sous-traitance.
L’objectif est d’étendre progressivement la présence de l’institution dans les provinces où elle n’est pas encore représentée et d’identifier les opportunités dans l’agriculture, le bâtiment, l’énergie, le pétrole, les mines, les télécommunications ou encore l’immobilier.
À cela s’ajoute la mise en œuvre du nouveau cadre sur le contenu local, avec notamment la formation des différents animateurs appelés à intervenir dans son application.
Le numéro un de l’ARSP ambitionne par ailleurs de doter l’institution d’un siège propre et entend placer l’intégrité au cœur de son fonctionnement.
« L’intégrité, ça s’entretient. Ça se travaille », affirme cet ancien de l’Inspection Générale des Finances.
« Je ne suis pas là pour distribuer des contrats »
Ted Beleshayi a enfin voulu lever une ambiguïté qu’il dit rencontrer régulièrement : l’ARSP n’est pas une agence d’attribution des marchés.
« Beaucoup de gens pensent que l’ARSP, c’est pour donner des marchés. Ted est là pour faire des millionnaires. Tout le monde vient me voir pour devenir millionnaire. »
Et de préciser :
« Moi, je ne suis pas là pour distribuer des millions. Je ne suis pas là non plus pour distribuer des contrats. »
Sa mission, insiste-t-il, consiste à réguler, faire respecter la loi et créer les conditions permettant aux entreprises éligibles d’accéder aux opportunités à armes plus égales.
Après cent jours, Ted Beleshayi présente donc son bilan comme le début d’un chantier plus large : faire de la sous-traitance un véritable levier de participation des Congolais à l’économie nationale, puis permettre aux entreprises les plus solides de passer progressivement du statut de sous-traitant à celui d’acteur industriel.
Pour l’ARSP, les prochains mois seront ceux de la concrétisation : poursuivre les contrôles, étendre la régulation au-delà du secteur minier et transformer les espaces libérés par la mise en conformité en opportunités réellement accessibles aux entreprises congolaises.

Par Glody Mpasa










