
Quarante-deux ans après le dernier recensement général, la République Démocratique du Congo remet la connaissance de sa population au cœur de la planification nationale. Au cours d’un briefing spécial de presse coanimé au studio Maman Angebi de la RTNC avec le Ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, le Ministre d’État, Ministre du Plan et de la Coordination de l’Aide au Développement, Guylain Nyembo, a détaillé les contours du RGPH-2, désormais entré dans sa phase pratique avec la cartographie censitaire. Budget, déploiement des équipes, sécurisation des données, zones affectées par l’insécurité : le Gouvernement assure que les principaux préalables sont réunis pour conduire cette opération attendue depuis plus de quatre décennies.
Combien sommes-nous réellement en République Démocratique du Congo, où vivons-nous et comment sommes-nous répartis sur l’immense territoire national ? Derrière ces questions en apparence simples se joue une part essentielle de la capacité de l’État à planifier ses politiques publiques.
C’est précisément l’enjeu que Guylain Nyembo a placé au centre du briefing spécial de presse tenu le 28 septembre au studio Maman Angebi de la RTNC. Aux côtés du Porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya, le Ministre d’État chargé du Plan a expliqué les différentes étapes du deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2), dont la phase pratique vient de s’ouvrir avec la cartographie censitaire.
Avant de compter individuellement les habitants, il faut d’abord savoir où ils se trouvent. Les cartographes doivent donc identifier les localités, repérer les ménages, actualiser les données disponibles et délimiter les aires dans lesquelles seront ensuite déployés les agents chargés du dénombrement.
192 millions USD pour connaître le pays autrement que par des estimations
L’ensemble du processus est évalué à 192 millions USD. Une enveloppe importante, dont près de la moitié doit être consacrée à la rémunération du personnel mobilisé.
Guylain Nyembo a indiqué qu’une première phase a nécessité le recrutement de 15 000 personnes, dont 14 000 cartographes, auxquelles s’ajoutent les techniciens appelés à accompagner les opérations.
« À ce jour, nous avons tous les éléments pour pouvoir démarrer tout le processus », a assuré le Ministre d’État.
Le message se veut rassurant. Après des décennies durant lesquelles une partie importante de la planification nationale s’est appuyée sur des projections démographiques, le Ministre du Plan veut conduire le pays vers une connaissance plus précise de sa population et de ses réalités territoriales.
Et l’enjeu dépasse largement le simple comptage des habitants. Savoir combien de Congolais vivent dans une ville, un territoire ou une province permet de mieux déterminer les besoins en écoles, centres de santé, routes, logements, eau, électricité et autres infrastructures essentielles.
Autrement dit, mieux compter pour mieux planifier.
Un processus scientifique, apolitique et sécurisé
Face aux interrogations entourant une opération d’une telle ampleur, Guylain Nyembo a également tenu à clarifier sa nature : le RGPH-2 est présenté comme une opération scientifique, apolitique et anonyme.
La technologie doit occuper une place importante dans le dispositif. Les cartographes seront notamment équipés de tablettes pour faciliter la collecte et le traitement des informations recueillies sur le terrain.
Les données collectées doivent être sécurisées, cryptées puis transférées vers un serveur central. Une architecture destinée à préserver la confidentialité des informations individuelles tout en constituant, à terme, une base statistique nationale exploitable pour la planification.
Le Gouvernement entend ainsi bâtir une photographie démographique suffisamment robuste pour éclairer les décisions publiques et servir de référence à différentes opérations nationales.
Même l’Est doit être compté
Le défi devient toutefois plus complexe lorsqu’il s’agit des zones confrontées à l’insécurité, des camps de déplacés ou des territoires difficilement accessibles.
Sur ce point, Patrick Muyaya et Guylain Nyembo ont voulu lever toute ambiguïté : le caractère national du recensement implique que les populations vivant dans ces espaces soient également prises en compte.
Le Gouvernement envisage pour cela des dispositifs adaptés aux réalités locales, en s’appuyant notamment sur les enseignements tirés d’autres opérations nationales organisées dans des conditions sécuritaires difficiles.
Goma, Bukavu, les zones affectées par les groupes armés, les espaces sous occupation ou encore les populations déplacées ne doivent donc pas être laissés en marge du processus.
Le défi est considérable dans un pays aux dimensions continentales. Mais l’ambition affichée par le Ministre d’État au Plan est précisément de ne pas laisser la géographie ou les contraintes sécuritaires dessiner une RDC statistique incomplète.
Le dénombrement général attendu en juillet 2027
La cartographie ne constitue que le préalable. Le calendrier présenté par le Gouvernement prévoit le dénombrement général de la population en juillet 2027, avant les étapes de traitement, d’analyse et de publication des résultats.
Pour réussir, l’opération devra également obtenir l’adhésion des populations. Autorités provinciales et locales, chefs coutumiers, responsables communautaires et religieux sont appelés à contribuer à la sensibilisation.
« Tout le monde doit se sentir concerné », a insisté Guylain Nyembo.
Une formule qui résume l’autre dimension du RGPH-2 : au-delà de la statistique, le Gouvernement veut en faire un exercice d’appropriation nationale. Car derrière chaque donnée collectée se trouve un besoin à mesurer, une infrastructure à dimensionner ou une politique publique à orienter.
Quarante-deux ans après le recensement de 1984, la République Démocratique du Congo s’engage ainsi dans l’un de ses plus importants chantiers statistiques. Une opération qui s’inscrit dans la volonté du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, de renforcer les outils de planification et de doter l’État de données capables d’éclairer ses choix de développement.
Pour Guylain Nyembo, le défi est désormais de transformer cette ambition en résultats : compter chaque population, couvrir chaque territoire et donner enfin à la République une photographie actualisée d’elle-même.






Par Glody Mpasa










