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Pourquoi Kinshasa manque-t-elle autant d’électricité ? Teddy Lwamba s’explique

Entre baisse du niveau des eaux, machines à l’arrêt et demande en forte progression, Kinshasa traverse une nouvelle période de fortes perturbations dans sa desserte électrique. Face aux interrogations des abonnés, le Directeur Général de la Société Nationale d’Électricité (SNEL), Teddy Lwamba, a livré son diagnostic et présenté plusieurs pistes de réponse. Parmi elles : un bateau-centrale de 134 MW destiné à renforcer rapidement l’offre, avec une amélioration de 20 % de la desserte attendue dans la capitale. Mais le patron de la SNEL met également sur la table une équation plus large : investir dans la production, faire payer l’électricité consommée et repenser le financement du secteur.

Pourquoi Kinshasa connaît-elle autant de coupures d’électricité ?

Face à une question devenue quotidienne dans de nombreux ménages et entreprises de la capitale, Teddy Lwamba a choisi de mettre les chiffres et les contraintes de la SNEL sur la table.

Le Directeur Général de l’entreprise publique s’est expliqué le 1er octobre au Studio Maman Angebi de la RTNC, lors d’un briefing de presse coanimé avec le Ministre de la Communication et Médias, Porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya.

Le constat est préoccupant : alors que les besoins de Kinshasa sont aujourd’hui estimés à environ 1 200 MW, la puissance injectée oscille actuellement entre 390 et 450 MW.

« Nous avons atteint un pic d’injection de puissance, du 11 juin au 15 juillet, à 700 MW », a rappelé Teddy Lwamba.

La capitale est donc retombée largement en dessous de ce niveau.

De 700 MW à 390-450 MW : pourquoi la production a chuté

Pour expliquer cette dégradation, le Directeur Général de la SNEL pointe notamment les contraintes qui affectent actuellement la production hydroélectrique.

« Une baisse drastique du niveau d’eau », a-t-il expliqué.

L’étiage affecte notamment les ressources hydriques dont dépend une partie de la production électrique. Certaines unités ne peuvent dès lors plus fonctionner normalement.

« Des machines sont à l’arrêt », a reconnu Teddy Lwamba.

À l’échelle nationale, le parc de production dispose d’une capacité installée proche de 2 800 MW, mais la puissance effectivement disponible se situe actuellement entre 1 900 et 2 000 MW, plusieurs équipements étant indisponibles.

À Kinshasa, l’équation devient particulièrement difficile : la puissance disponible recule alors que les besoins d’une métropole en pleine expansion continuent d’augmenter.

La SNEL doit dès lors gérer une ressource insuffisante entre ménages, services publics et activités économiques.

Le DG évoque notamment la possibilité de réaffecter ponctuellement une partie de la puissance destinée au secteur industriel vers les ménages pendant certaines périodes de forte demande.

« Si vous rajoutez 50 MW chaque soir du secteur industriel pour les injecter dans la population », a-t-il expliqué en évoquant les marges de gestion disponibles.

Mais pour Teddy Lwamba, ces arbitrages ne peuvent remplacer une augmentation réelle de l’offre.

Un bateau-centrale de 134 MW attendu à Matadi

C’est dans ce contexte que la SNEL mise sur une solution d’urgence inhabituelle en République Démocratique du Congo : une centrale électrique flottante.

Le projet est développé avec Karpowership, entreprise spécialisée dans les bateaux-centrales.

L’installation prévue à Matadi doit permettre d’injecter, dans une première phase, 134 MW supplémentaires dans le réseau.

Pour la SNEL, l’intérêt réside notamment dans la rapidité de déploiement d’une telle infrastructure, comparativement aux délais nécessaires à la construction d’une centrale conventionnelle.

« Karpowership nous facilite aujourd’hui l’accès à une solution de production avec une certaine célérité. Ce sera donc déployé en moins d’un mois, et c’est une première », a expliqué Teddy Lwamba.

Le Directeur Général estime que cet apport pourrait permettre une amélioration d’environ 20 % de la desserte, particulièrement à Kinshasa.

La centrale flottante ne suffira cependant pas à combler l’ensemble du déficit.

Avec des besoins estimés à 1 200 MW dans la capitale, l’apport supplémentaire de 134 MW constitue avant tout une réponse immédiate destinée à desserrer une partie de la contrainte.

Sortir du tout-hydroélectrique

Derrière le bateau-centrale se dessine également une évolution dans l’approche de la SNEL.

Historiquement très dépendante de l’hydroélectricité, l’entreprise veut diversifier davantage ses sources de production afin de réduire sa vulnérabilité aux variations hydrologiques.

« Nous n’avons longtemps exploité que l’hydroélectrique ; aujourd’hui, nous nous tournons vers de nouvelles sources », a déclaré Teddy Lwamba.

Pour le patron de la SNEL, l’urgence actuelle ne doit donc pas faire perdre de vue le chantier structurel : investir dans l’outil de production.

« En termes de disponibilité, le plus important à faire est de pouvoir investir dans l’outil productif et de couvrir la population avec une énergie supplémentaire », a-t-il insisté.

Autrement dit, mieux répartir l’électricité disponible peut atténuer certaines difficultés, mais seule une augmentation durable de la production permettra de répondre à la progression de la demande.

L’État consomme 25 %, mais les factures restent un problème

La crise de la desserte électrique n’est toutefois pas uniquement une affaire de mégawatts.

Teddy Lwamba a profité du briefing pour aborder frontalement une autre difficulté : le financement de la SNEL et le recouvrement des factures.

Selon les chiffres avancés par le Directeur Général, l’État représente environ 25 % de la consommation d’électricité.

Mais le paiement ne suit pas toujours.

« Les instances officielles ne paient pas », a-t-il déclaré.

Pour le DG, cette situation crée une « incohérence institutionnelle » qu’il estime nécessaire de corriger.

La question est déterminante pour l’entreprise : entretenir les centrales, renouveler les équipements, acheter des pièces de rechange, moderniser le réseau et investir dans de nouvelles capacités nécessitent des ressources importantes.

À cela s’ajoutent les raccordements frauduleux, qui génèrent de la consommation non facturée tout en surchargeant certaines installations du réseau.

Teddy Lwamba réclame aussi une subvention de l’électricité

Face à cette équation financière, le Directeur Général plaide également pour une intervention plus importante de l’État.

Teddy Lwamba propose notamment que le secteur électrique bénéficie d’un mécanisme de subvention publique, à l’image du soutien accordé à certains autres secteurs essentiels, notamment les produits pétroliers.

L’objectif serait de donner davantage de marges financières à l’opérateur pour entretenir son outil de production, investir et assurer la continuité du service public.

Car derrière les chiffres techniques, la crise électrique se mesure d’abord dans la vie quotidienne.

Dans les ménages, les commerces, les ateliers et les entreprises, chaque heure de coupure perturbe les activités et impose parfois le recours à des solutions alternatives coûteuses.

C’est précisément sur ce terrain que les annonces de la SNEL seront attendues.

Le bateau-centrale de 134 MW doit apporter une première réponse. Mais Teddy Lwamba le reconnaît lui-même à travers le diagnostic présenté : sortir durablement du cycle des délestages demandera davantage de production, des investissements dans les infrastructures, un meilleur recouvrement et un modèle de financement capable de soutenir le secteur.

Pour la SNEL, le défi est désormais de convertir ces mesures en mégawatts effectivement disponibles chez les abonnés.

Par Glody Mpasa

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