
Cuivre, cobalt, lithium, données géologiques, transformation locale et infrastructures ferroviaires : plusieurs projets donnent désormais une traduction concrète au rapprochement économique entre la République Démocratique du Congo et les États-Unis. Dans cette nouvelle géographie des investissements, où se croisent minerais critiques, capitaux privés et grands corridors logistiques, l’APCSC, dirigée par Maître Freddy Yodi Shembo, s’impose comme une interface entre l’État et les investisseurs. Une mission engagée dès 2024, avant même la conclusion du partenariat stratégique RDC–USA.
La République Démocratique du Congo ne veut plus seulement être regardée pour ce que renferme son sous-sol. Elle entend désormais tirer davantage de valeur de son cuivre, de son cobalt, de son lithium et des autres minerais critiques en misant sur l’exploration, la transformation locale, les infrastructures et la constitution de chaînes de valeur capables de produire davantage de retombées dans le pays.

Cette ambition rejoint l’orientation défendue par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. À Davos, en janvier 2026, le Chef de l’État avait notamment plaidé pour des partenariats permettant à la RDC de dépasser son statut de simple fournisseur de minerais bruts et de prendre une place plus importante dans les chaînes de valeur minérales mondiales.
Le partenariat stratégique sur les minerais conclu entre la République Démocratique du Congo et les États-Unis d’Amérique le 4 décembre 2025 s’inscrit dans cette perspective. Il vise notamment à approfondir la coopération économique entre les deux pays et à favoriser le développement de chaînes de valeur autour des minerais stratégiques.

Mais pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui sur le terrain, il faut remonter plus loin.
2024 : quand l’APCSC prend les devants
Septembre 2024. Plus d’un an avant la conclusion du partenariat stratégique RDC–USA, Freddy Yodi Shembo regarde déjà du côté des milieux d’affaires américains.
Le Directeur Général de l’APCSC prend l’initiative d’organiser à New York un déjeuner d’affaires réunissant des opérateurs économiques américains. La rencontre se tient le 25 septembre.
Autour de la table, l’Agence présente ses missions, son dispositif d’accompagnement ainsi que les mécanismes liés aux conventions de collaboration. L’objectif est précis : rapprocher les opportunités congolaises des investisseurs et favoriser l’émergence de projets structurés dans le respect du cadre légal national.

Parmi les participants figure notamment le Chairman de Kobold Metals DRC et Virtus Mineral.
Deux ans plus tard, ces entreprises sont présentes en République Démocratique du Congo.
La chronologie donne ici tout son relief au travail engagé par l’APCSC. Ce qui apparaissait encore en 2024 comme une démarche de prospection et de mise en relation avec les investisseurs trouve aujourd’hui des prolongements concrets.
Sans bruit, Freddy Yodi Shembo avait donc commencé à ouvrir des portes avant que le rapprochement économique entre Kinshasa et Washington ne prenne sa dimension actuelle.
Depuis la conclusion du partenariat stratégique, l’Agence a poursuivi ses initiatives en direction des investisseurs et de la diaspora congolaise établie aux États-Unis, notamment à travers des forums consacrés aux opportunités d’investissement et aux perspectives économiques du pays.

Kobold Metals : mieux connaître le sous-sol pour mieux l’exploiter
À Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, Kobold Metals DRC développe un programme d’exploration qui touche à l’un des enjeux fondamentaux de l’industrie minière : la connaissance de la ressource.
L’investissement de l’entreprise américaine s’articule autour de plusieurs axes : exploration minière, digitalisation des données géologiques et développement des ressources en lithium de Manono, dans la province du Tanganyika.
L’objectif est d’approfondir la connaissance du potentiel minier congolais et de préparer les conditions nécessaires au développement de projets liés aux minerais critiques.
L’entreprise assure vouloir inscrire ses activités dans la durée en mettant en avant la transparence et le respect du cadre applicable aux investissements en République Démocratique du Congo.
Le dossier Kobold Metals dépasse d’ailleurs le seul cadre entrepreneurial. En juillet 2025, un accord de principe sur l’exploration minière avait été signé entre l’entreprise américaine et les autorités congolaises lors d’une cérémonie présidée par Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
L’exploration constitue ici le premier étage d’une architecture plus vaste : connaître la ressource, attirer les capitaux, développer les actifs puis, à terme, créer davantage de valeur sur le territoire national.
Virtus Mineral : remettre le cuivre et le cobalt en production
À quelques centaines de kilomètres de là, un autre dossier prend forme.
Virtus Mineral intervient dans les minéraux critiques et a finalisé, en mars 2026, le rachat des mines de cuivre et de cobalt de Chemaf.
L’opération ouvre une nouvelle phase pour ces actifs, avec des enjeux qui dépassent la seule reprise de la production : développement industriel, respect des normes environnementales, renforcement des capacités locales et transformation.
Pour relancer les opérations et contribuer au financement des infrastructures de traitement, Virtus Mineral s’est associé au groupe indien Llyord Lithium Metals Energy.
À Lubumbashi, Jean-Siméon Silele, Directeur pays et Country Manager de Virtus Chemaf Mineral, affiche sa confiance dans la poursuite du développement des activités.
L’entreprise entend développer ses actifs, renforcer la production et la transformation locale, poursuivre l’exploration, créer des emplois et contribuer au développement des compétences congolaises.
C’est précisément là que se situe l’un des enjeux majeurs pour la RDC : faire en sorte que la valeur de ses minerais ne soit plus seulement comptabilisée au moment où ils quittent le sous-sol, mais aussi dans les emplois, les compétences et les capacités industrielles créés dans le pays.

De la mine au rail, le Corridor de Lobito change l’échelle
Une industrie minière compétitive ne repose cependant pas uniquement sur les gisements et les unités de traitement. Elle dépend également de la capacité à transporter les ressources.
C’est ici que le Corridor de Lobito prend toute son importance.
Le 26 août 2026 à Kinshasa, la République Démocratique du Congo et la société portugaise Mota-Engil Africa ont signé un contrat de concession ainsi qu’une convention de collaboration portant sur le financement, la réhabilitation, la modernisation et l’exploitation de la ligne ferroviaire Dilolo–Sakania, avec l’accompagnement de l’APCSC.
L’objectif est notamment de faciliter l’acheminement des minerais vers le port de Lobito, en Angola, et de renforcer la connectivité régionale.
La logique rejoint, à ce stade, l’agenda économique porté au plus haut niveau de l’État. Lors de ses échanges avec les responsables de l’EXIM Bank américaine en février 2026, le Président Félix-Antoine Tshisekedi avait placé dans une même discussion les minerais critiques, leur transformation locale, les chaînes de valeur industrielles, le Corridor de Lobito et le projet Inga.
Le message est cohérent : extraire davantage ne suffit pas. Sans énergie, sans transformation et sans corridors de transport performants, une partie de la valeur potentielle reste hors de portée.
Mine, industrie et rail deviennent ainsi les différentes pièces d’une même équation.
L’APCSC, là où les projets rencontrent l’État
C’est à cette intersection que l’APCSC trouve sa place.
L’Agence intervient comme interface entre les pouvoirs publics et les partenaires privés. Elle facilite le dialogue institutionnel, accompagne la structuration des projets et assure le suivi des conventions de collaboration conclues entre l’État congolais et les investisseurs.
À la tête de cette institution, Freddy Yodi Shembo a fait de la mise en relation avec les investisseurs l’un des leviers de son action.
Le déjeuner d’affaires de New York de septembre 2024 prend, avec le recul, une dimension particulière. À l’époque, il fallait présenter les opportunités, expliquer les mécanismes et convaincre des opérateurs de regarder vers la RDC. Aujourd’hui, certains des interlocuteurs rencontrés alors développent effectivement des activités dans le pays.
Pour autant, les responsabilités doivent rester clairement distinguées. Le partenariat stratégique RDC–USA constitue un cadre de coopération entre Kinshasa et Washington. Les entreprises privées conduisent leurs propres projets et supportent leurs décisions d’investissement. L’APCSC, elle, assure dans le champ de ses compétences la facilitation, la coordination et le suivi des conventions.
C’est précisément cette position d’interface qui lui confère une place singulière : assez proche de l’État pour accompagner les procédures institutionnelles, suffisamment connectée aux investisseurs pour comprendre leurs contraintes et faire avancer les dossiers.
De l’intérêt pour le Congo à la valeur créée au Congo
La République Démocratique du Congo possède ce que recherchent plusieurs grandes économies engagées dans la transition énergétique et la sécurisation de leurs approvisionnements : des minerais critiques en quantité, un potentiel géologique encore largement à explorer et une position géographique qui la relie à plusieurs corridors régionaux.
Mais le véritable enjeu commence là où s’arrête la géologie.
Il consiste à convertir cet avantage en investissements productifs, en infrastructures, en transformation locale, en emplois et en transfert de compétences.
C’est également le cap régulièrement défendu par le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. À Washington puis à Houston, le Chef de l’État a replacé les minerais critiques, la transformation locale et les infrastructures au centre du partenariat économique avec les États-Unis.
Les premiers projets constituent donc un test.
Car entre l’intérêt d’un investisseur et la transformation d’une économie, il existe une distance que seuls l’exécution, le suivi des engagements et les résultats permettent de franchir.
C’est sur ce terrain que l’APCSC et Freddy Yodi Shembo seront attendus : continuer à rapprocher les investisseurs des opportunités congolaises, mais surtout accompagner le passage des intentions aux projets et des projets aux retombées.
Le chemin parcouru depuis New York en 2024 donne déjà une indication. Des contacts d’hier aux investissements d’aujourd’hui, l’interface commence à produire ses effets.
Reste désormais l’essentiel : faire en sorte que la bataille mondiale pour les minerais critiques ne se joue pas seulement autour des richesses de la République Démocratique du Congo, mais qu’elle crée aussi davantage de valeur, d’emplois et de capacités industrielles en République Démocratique du Congo.
Par Glody Mpasa










